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Feminism and Women's Studies

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Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity

Gender Trouble (v. 1.0 F - 21/06/93) David Tacium

S U R F A C E S Vol. III.6 Folio 1

Compte Rendu Judith Butler: Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity

David Tacium

Editeurs:
Jean-Claude Guedon
Bill Readings

Comite de redaction:
Wlad Godzich
Christie McDonald
Walter Moser
Antonio Gomez-Moriana
Michel Pierssens
Gilles Bibeau

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Adresse:

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ISSN: 1188-2492

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Judith Butler, Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity, (New York: Routledge, 1990).

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Le langage, selon un certain courant feministe post- structuraliste, precede le corps. Dans cette optique, la notion de l'identite subjective ne tient pas debout, sauf en tant qu'effet de langage. Alors, comment soutenir la notion de l'identite de la femme? Afin de ne pas retomber toujours dans les memes stereotypes de comportement, il faut se defaire de toute ideologie sexuelle a base metaphysique, c'est-a-dire de tout ce qui s'est fait jusqu'a present en psychanalyse.

L'interet du livre de Butler, si le lecteur vient a bout de ses phrases tortueuses, consiste a retourner aux sources de nos attitudes sur la sexualite et d'observer jusqu'a quel point elles sont creees pour nous. Dans Gender Trouble, tout feminisme "engage" visant l'emancipation des femmes en prend pour son rhume. Butler lui demande de retourner aux bancs afin de reetudier tout ce qui est pris pour acquis dans notre culture. Car le vrai probleme n'est pas de redresser les injustices sociales mais d'echapper carrement aux categorisations sexuelles. Prenons par exemple l'ecriture feminine: notion irrecevable, dirait-elle. Dans le troisieme et plus long chapitre elle s'oppose a des tentatives comme celle de Kristeva de soutenir des formes de pensee et de langage autres que la loi paternelle qui nous tient dans son carcan symbolique. Butler est philosophe, et parfaitement a l'aise dans le systeme discursif. Son langage, bien qu'alourdi par la proliferation de noms et une certaine redondance, s'achemine sur les rails de la logique formelle ("If we admit that..."). Il est parseme de remises en question: "Qu'est-ce qu'il veut dire par...? comment est-ce qu'elle sait que...?" Si en revanche le langage poetique suscite chez elle la plus grande mefiance, c'est que paradoxalement il acquiesce a la loi de Lacan, une loi reliee a l'anthropologie structurale de Levi-Strauss qui avait refuse a la femme le statut de sujet. Le langage poetique, fruit du retour au corps de la mere, se donne comme directive de ne jamais /pp. 4-5/ porter de signification. Il ne peut que deranger. Pour Butler, ce n'est pas seulement enfantin mais, semble-t-il, infantile.

A Luce Irigaray revient le merite d'avoir repere dans le discours psychanalytique l'exclusion de la femme comme sujet, mais elle aussi reste dans le contexte lacanien. Dans le premier chapitre de Gender Trouble, la notion de prohibition chez Irigaray/Lacan se heurte a la notion de discours telle que formulee par Monique Wittig/Michel Foucault. Pour Butler, la notion de l'identite sexuelle feminine nait d'une reglementation sociale ayant pour but l'heterosexualite imposee.

Resumons: il n'y a point d'identite dans le "gender" de la personne, puisqu'il s'agit d'une construction sociale. Point d'identite dans le sexe tout court qui, nous assure Wittig, n'existe pas non plus. Existe-t-elle dans une orientation du desir? Encore une fois le domaine du Symbolique de Lacan affirme que oui, mais Butler nous dit que non.

La aussi, au sein de la pensee de Wittig, Butler decouvre une faille. Derriere la promesse de Wittig de faire decouvrir a la femme son desir, Butler decele la notion d'une identite lesbienne qui se refuse au sexe tout court. Elle accuse Wittig de revenir a un humanisme a base metaphysique.

Bref, la strategie de Butler semble aussi resolument subversive que le langage poetique qu'elle reproche a Kristeva. Elle etale les contradictions, les impasses, partout:

The female body that she [Kristeva] seeks to express is itself a construct produced by the very law it is supposed to undermine. (93)

Wittig's radical disjunction between straight and gay replicates the kind of disjunctive binarism that she herself characterizes as the divisive philosophical gesture of the straight mind. (121) /pp. 5-6/ But the subject/object dichotomy, which here belongs to the tradition of Western epistemology, conditions the very problematic of identity that it seeks to solve. (144)

Il serait pervers de croire que l'idee de subversion chez Butler tienne plus a la rigueur logique qu'a une conviction qu'il existe une voie de sortie quelconque. Car elle en propose une.

*

Ce n'est pas le moindre peche de Lacan d'avoir inflige a tout le monde un syndrome d'"esclave" (57). Car la loi du phallus nous fait desirer l'impossible, l'inatteignable (le phallus lui-meme n'ayant pas de consistance propre). Il nous renferme dans la nostalgie de choses et d'origines qui n'existent pas. Voila pourquoi l'experience de l'heterosexualite s'avere une comedie un tantinet derisoire. Butler se refere a l'article de Joan Riviere paru en 1929, "Womanliness as a Masquerade", pour montrer comment les femmes essaient de s'y ajuster: elle se maquillent, un peu a la maniere des dandys. Un peu, mais pas assez, car elles ne se rendent pas compte de leur deguisement. Se croyant naturelles, elles vivent dans l'angoisse. Or,

Only from a self-consciously denaturalized position can we see how the appearance of naturalness is itself constituted. (110)

Le travestissement devient la strategie par excellence qui permet de montrer la separation de l'etre du paraitre. Dans le travestissement la personne se rend compte de la performance a laquelle elle se livre -- non pas pour essayer de se rendre conforme au mirage ontologique de ce qu'une femme doit etre, non pas pour s'assurer de son "identite", mais pour pousser la comedie jusqu'au paroxysme -- pour aller au bout de sa logique. Car imiter les roles sexuels montre que les roles sexuels sont des imitations, des calques.

L'optimisme dont Butler fait preuve a la fin de son livre semble un peu facile. Decouvrir les possibilites culturelles /pp. 6-7/ multiples a travers la multiplicite sexuelle? C'est sous-estimer la force des narrations qui nous constituent. D'autre part, est-ce qu'il y a assez de gens assez mal dans leur peau pour chercher "autre chose"? Elle ne semble pas reconnaitre combien il faut de courage ou de desespoir pour manifester autant de finesse politique, autant d'art, de pouvoir vivre dans la parodie.

David Tacium Departement de Litterature comparee Universite de Montreal

/p. 7/

Last modified 2005-02-11 10:19 AM

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